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Culturelink Joint Publications Series

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The Mediterranean: Cultural Identity and Intercultural Dialogue

Conclusions

J'ai été invité à présenter une conclusion générale. Tâche ardue sinon impossible face à six sections aux thèmes différents et à vingt-sept exposés et discussions. Tentons l'impossible. Je demande pardon à ceux qui ne s'y retrouvent pas. Je vous prie de me corriger si j'ai mal compris ou mal perçu, de me rappeler ce que j'ai omis ou oublié d'important.

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Les interventions ont été riches et variées exprimant à la fois diversité et communauté, dont on a tant parlé et qui sont - diversité et communauté - le fondement de l'Europe aussi bien que de la Méditerranée.

Ces interventions et entretiens ont parfois été émouvants, ce matin en particulier. Nous avons été plongés dans les réalités dures de la région environnante, réunis dans une ville qui porte les traces de conflits violents dont notre premier souci doit être de les prévenir à l'avenir.

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Il a encore beaucoup été question d'identité - inévitablement. Nous avons toutefois entendu et discuté quelques, dirai-je, connotations, qui sont à retenir.

Commençons par la question première: y a-t-il une identité méditerranéenne?

On ne peut pas parler d'une identité culturelle méditerranéenne, ni d'une civilisation délimitée par des frontières culturelles ou autres. Il y a cependant un fond commun - dans les patrimoines, dans les histoires et les mémoires qu'il faut révéler et faire valoir. Nous y reviendrons quand nous parlerons de projets et de propositions.

La volonté de trouver ce fond commun s'affermit au fur et à mesure que les sentiments d'exclusion augmentent. Cependant il pourrait être dangereux d'opposer une "identité européenne" à une "identité méditerranéenne". Il faut, au contraire, développer un dialogue ayant pour but une coopération concrète.

Le débat autour de l'identité culturelle a fait ressortir deux aspects, comme un double fil rouge de la première journée: le rapport entre identité culturelle et nationalisme(s); le rapport entre identité culturelle et religion(s).

Identité culturelle et nationalisme(s)

L'attachement de l'identité culturelle au nationalisme, dans le passé, a été néfaste. Le concept de nation, par contre, comme moteur libérateur des peuples a été défendu. Le terme de patriotisme a été proposé pour distinguer "nation" et "nationalisme". Dans l'ensemble, le concept de nation lié à la culture, à l'identité culturelle, telle qu'elle a été définie ici, semble plutôt un concept du passé.

Identité culturelle et religion(s)

La conviction que la religion fait partie de la culture a été clairement exprimée. La religion est une composante de l'identité culturelle. L'identité religieuse a été instrumentalisée de la même manière que l'identité culturelle pour susciter des confrontations. On a fait la guerre, on a tué "au nom de Dieu et de la patrie", dans un passé lointain et récent. La prise de conscience de ce fait a été présentée comme un argument fort pour le développement d'un dialogue permanent, structuré entre les religions comme étant partie intégrante d'un dialogue interculturel.

L'exemple de Tolède a été mentionné en particulier, avec la convivialité des trois cultures/religions au Moyen-Age, la conférence internationale sur les religions en 1995.

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Dans ce contexte, le concept d'identité culturelle a été redéfini non pas comme lié à un peuple, à une nation ou même à un groupe, mais d'abord à la personne humaine. L'identité culturelle étant constitutive de la personne humaine, la personne humaine étant constitutive de l'ensemble de la société. Le concept de personne humaine, dans le respect de sa dignité, se fonde sur la recherche du moi dans l'autre, sur la reconnaissance de l'autre dans le moi.

Dans la poursuite de cette recherche, les moyens suivants ont été évoqués:

  • le dialogue ouvrant la voie à une coopération concrète,
  • la communication devant conduire, grâce aux moyens modernes, à la dérégulation d'une société figée, au développement de l'identité culturelle comme facteur vital de la société locale, à l'acceptation de la différence comme facteur d'échange,
  • la médiation comme activité concrète, professionnelle à l'exemple de la formation proposée sous forme d'un cours d'étude à Sophia Antipolis, Nice.

Médiation, communication, dialogue en Méditerranée tels qu'ils ont été discutés, ne peuvent avoir lieu sans le Sud dont l'absence à cette conférence a été constatée à plusieurs reprises. On a également insisté sur la nécessité de promouvoir un dialogue structuré entre les pays du Sud de la Méditerranée.

Le débat autour des problèmes de géopolitique et de globalisation et leurs implications culturelles a eu les conclusions suivantes:

Des efforts particuliers doivent être accomplis pour que le fossé entre les quatre mondes (selon la définition de la Banque Mondiale) ne se creuse davantage. Quant à la Méditerranée, une priorité doit ôtre accordée à la coopération avec l'Albanie et l'Egypte. Vue sous l'angle de la culture, la coopération doit se concentrer sur la construction de la société civile. Seule une forte société civile garantira un développement durable.

Il n'y a pas eu de réponse directe à la question de savoir s'il faudrait élargir - dans une perspective de dialogue transméditerranéen - la notion de démocratie; ni à celle réclamant l'énumération des pays les plus ouverts au dialogue. Toutes les interventions suivantes, néanmoins, ont démontré clairement que la démocratie est considérée comme étant la seule forme d'organisation sociétale ouvrant la voie au développement durable dans la paix.

La présentation de la situation politique, économique et culturelle a mis en évidence que les problèmes de maintien de la paix, de la sécurité, du commerce et de la culture sont étroitement liés. Les grandes théories d'une solution s'étant évanouies, tout le monde s'en lave les mains. La situation reste tragique. La diversité est devenue séparation, pays et régions vivant dans l'isolement, les gens étant atteints de claustrophobie. Cette phrase est à retenir: après Dayton tous les peuples de cette région sont devenus minoritaires. Les stratèges nous disent que finalement la stabilité ne peut revenir et se maintenir sans le développement culturel.

Sarajevo est le symbole de cette tragédie, Sarajevo tend à devenir le symbole de l'espoir, comme Dubrovnik. C'est dans cette perspective qu'il faut réunir toutes les forces en faveur d'une politique délibérée de partenariat et multiplier les projets de coopération culturelle à l'exemple de celui envisagé entre les villes de la Mer Baltique et de la Méditerranée. Il faut avant tout mener une politique d'ouverture des voies, les voies courtes étant devenues les plus longues à la suite des coupures de communication dans tous les domaines (non pas seulement dans celui de la culture).

A mentionner en passant que les thèses de Samuel Huntington ont été jugées inaptes à expliquer la complexité des problèmes et à apporter des solutions.

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Le bilan des conséquences et suites de la Déclaration de Barcelone de 1995 a été dressé. La Déclaration, considérée comme "l'acte fondateur de la Méditerranée de XXIème siècle", a donné une forte impulsion à la coopération en Méditerranée, notamment dans le domaine de la culture. De nombreux projets sont en cours, parmi eux le projet de construction du nouveau phare d'Alexandrie soutenu par l'Observatoire Méditerranéen pour l'Information et la Réflexion (O.M.I.R.) créé en 1996.

La suspension des programmes méditerranéens de l'Union Européenne, par contre, a été vivement critiquée. Des projets organisés avec le concours de la Croatie ont été présentés. Tout en étant des exemples concrets du "regard croisé", ils démontrent aussi le caractère limité de la coopération bilatérale.

La présentation du programme universitaire "Education Comparative Méditerranéenne de Malte" a laissé une forte impression. Les participants ont salué le projet de création d'un centre d'initiatives éducatives en Méditerranée.

La question a été posée à plusieurs reprises: faudrait-il une déclaration de Dubrovnik?

Dans l'affirmative, les points suivants devraient être retenus:

  • Ouverture de voies de communication dans tous les domaines,
  • Formation de médiateurs (à l'exemple de Sophia Antipolis, Nice, et de l'Université de Malte),
  • Mise en pratique d'un dialogue interculturel fondé sur la dignité de la personne humaine,
  • Intensification de la coopération culturelle en étroite communication avec les politiques économiques et de développement social,
  • Création et soutien de réseaux de société civile Nord-Sud et Sud-Sud,
  • Développement de la coopération régionale dans le Sud-Est européen,
  • Travail approfondi sur la mémoire, sur une histoire méditerranéenne, en tenant compte des identités culturelles et des facteurs de communauté,
  • Renforcement du rôle de la femme en lui donnant sa place dans la société méditerranéenne,
  • Soutien actif des projets du Conseil de l'Europe, de l'UNESCO et surtout de l'O.M.I.R., de la Fondation Seydoux, de CULTURELINK et de la Fondation Européenne de la Culture,
  • Demande de la réouverture des programmes méditerranéens de l'Union Européenne,
  • Attribution à Sarajevo et à Dubrovnik du rôle de lieux-phares pour la coopération régionale en Méditerranée.

En reprenant quelques formules entendues au cours de cette conférence, une déclaration de Dubrovnik pourrait avoir cette devise:

Priorité à la culture pour rendre la paix durable.

 

Rüdiger Stephan
Secrétaire Général de la Fondation Européenne de la Culture